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 Les canons doubles et triples
D'après "L'âme et la lumière", armes et canons dans la Marine royale. C.H.A.N. 1996

 

Vers la fin du XVIIème siècle, plusieurs fondeurs proposèrent des projets de canons disposant de deux voire trois tubes ou âmes.

Dans le cas d'un canon à tubes multiples, les fûts, qui sont jumelés jusqu'au niveau des tourillons se séparent au delà de ceux ci afin de respecter le parallélisme des âmes. Les volées sont ensuite indépendantes.
Pour les canons à âmes multiples, ces dernières sont forées à l'intérieur du tube, celui-ci conservant son aspect extérieur traditionnel.
Quelques unes de ces pièces, généralement de petit calibre 4, 6 ou 8 livres, dépassèrent le stade du projet pour être réalisées et éprouvées dans les arsenaux.

Quelques fois, les deux âmes communiquent par l'intermédiaire d'une sorte de "U" au fond de la culasse. La mise à feu s'effectue par une seule lumière débouchant au sommet du "U". Mais plus couramment les deux âmes sont distinctes, la mise à feu s'effectue alors par une seule lumière reliée à chacune des deux âmes par un canal ou par deux lumières distinctes, une pour chaque âme. Pour tirer deux boulets simples successivement sans recharger, deux lumières sont nécessaires.
Pour les boulets ramés, une seule lumière sert pour la mise à feu simultanée.

Certaines pièces peuvent présenter une âme centrale et des âmes de calibre inférieur forées en couronne dans l'épaisseur de la paroi du canon. On peut voir une pièce de ce modèle prise à Alger en 1830 et exposée dans une des galeries extérieures du Musée de l'Armée aux Invalides. 


C
e dessin est dû à Isaac Emery, il présente un modèle de deux canons de fonte (bronze), de calibre 4 joints, une seule lumière pouvant tirer deux boulets liés par une barre de fer pour "rompre les cordages des vaisseaux ou bien mettre à bas un bataillon" mais pouvant également tirer des boulets ordinaires. Ces canons jumelés furent éprouvés à l'arsenal de Toulon les 28 et 30 juin 1692, les barres de fer se cassèrent en sortant du canon. On doit aussi à Emery deux petits canons légers montés sur un affût avec 24 recharges de poudres et boulets pour tirer 12 coups et pouvant être traînés par deux hommes seulement. 




Spécialiste des projets de canons doubles ou même triples, l'ingénieur de la Favolière est l'auteur de très beaux dessins de canons à tubes multiples. Ses pièces sont soit à tubes jumelés, soit disposées "en pantalon".
Certaines sont munies de plusieurs lumières ce qui ne facilite pas le pointage : la pièce risque d'être déstabilisée par le départ du premier coup de canon si la mise à feu de l'ensemble des tubes n'est pas instantanée. La difficulté est identique si les boulets sont liés par une chaîne ou des barres de fer dans deux âmes à lumières indépendantes. Le projet à trois tubes comporte deux lumières pour la mise à feu.
 

G. Delacroix 1999